DE LA NÉCESSITÉ D’UNE CINÉMATHÈQUE

Par : Samir Dami La Presse de Tunisie du 1° octobre 1982.

Les Centres culturels et les Maisons de la Culture de Tunis, dans leur majorité, annoncent pour la reprise des activités un programme exclusivement cinématographique. Exemple, la Maison de la Culture lbn Khaldoun qui, du 1° au 21 octobre, ne fera que projeter différents films classés dans le circuit culturel. Quant à la Maison de la Culture «lbn Rachiq», elle propose du 1er au 7 octobre le 3ème Festival international du film sportif.

Il est vrai que le cinéma représente 50% des activités de ces temples de la culture et que ces lieux ont de plus en plus de difficultés à programmer des films culturels et de qualité. Pourquoi ?

Les Maisons de la Culture obtiennent difficilement les films dont elles ont besoin, car elles ne sont pas des partenaires des maisons de distribution qui courent plutôt derrière le gain d’argent. Ceci est d’autant plus vrai qu’un film est acheté seulement pour une période de cinq ans. Au-delà de cette période, un huissier de la maison de distribution d’origine vient détruire la copie du film. Certaines copies échappent à cet autodafé et sont projetées sans visa, mais portent une autorisation spéciale.

Ajoutons à cette difficulté l’état lamentable des copies de films. Les fonds filmiques sont d’autre part presque absents et ne sont pas du tout renouvelés. Tout ceci oblige les Maisons de la Culture à se rabattre sur les Centres culturels étrangers, notamment français, pour s’approvisionner en copies de films. Or, cette année, 150 copies parmi les 400 existantes au Centre culturel français ont été renvoyées en France, le ministère français de la Culture étant dans l’impossibilité de racheter les droits périmés de la projection de ces œuvres. Devant tous ces problèmes, qui surgissent ensemble ou qui s’accumulent, comment garantir une programmation originale et de qualité dans ces différents lieux de la culture ?

La seule perspective offerte est de centraliser toutes les œuvres de qualité en vue de les diffuser dans les circuits culturels. Ce qui reviendrait à dire que la création d’une cinémathèque s’avère actuellement nécessaire et vitale pour tout le secteur. Qui doit se charger de la création de cette cinémathèque ?

Les premiers concernés sont, bien sûr, le ministère de la Culture et les différentes organisations cinématographiques dans le pays, à savoir, l’Association des Cinéastes Tunisiens (A.C.T.), l’Association des Ciné-Clubs et des Cinéastes Amateurs (F.T.C.C. et F.T.C.A).

Les ministères de l’Information, de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur pourraient également être intéressés par une telle réalisation.

Ainsi, une cinémathèque pourrait acquérir des films de qualité et les centraliser afin d’alimenter les différents circuits culturels du pays.

Cette cinémathèque permettra, en outre, de jouer essentiellement le rôle de mémoire cinématographique du pays. (Des films ont été tournés en Tunisie depuis un siècle et jusqu’à présent, personne ne sait où ils se trouvent).

La conservation et l’archivage des différentes œuvres inciteraient aussi à la recherche, à l’échange avec les Centres culturels étrangers, à l’organisation de colloques et de débats et à la publication de revues spécialisées.

Enfin, une fois affiliée à la Fédération Internationale d’Archives du Film (F.I.A.F.), des échanges de collections de films pourraient se faire avec tous les pays affiliés.

Nous avons l’exemple de l’Algérie, qui est en ce sens fort édifiant.

La cinémathèque tunisienne, pourra donc être à plusieurs titres bénéfique à notre culture.

S.D.

La Presse du 1° octobre 1982.


 

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