Cinq ans après «Une histoire d’amour et de désir», présenté à la Semaine de la critique de Cannes, la cinéaste tunisienne accède à la compétition officielle berlinoise.
Par : Rédaction fiches de cinéma – actu.fr – Publié le 14 févr. 2026
Le nouveau film de Leyla Bouzid produit un double effet-miroir – le premier, en ce que, mettant en scène une Tunisienne, Lilia, retournant dans son pays après avoir bâti sa vie professionnelle à Paris, il fait écho, répond semble-t-il, à son précédent long-métrage, «Une histoire d’amour et de désir», dans lequel une jeune Tunisienne quittait son pays pour venir étudier en France. D’autant plus que, dans les deux films, la cinéaste a choisi pour interprètes des nouvelles venues, Zbeida Belhajamor puis, ici, Eya Bouteraa, et qui sont comme deux faces d’une même pièce – puisqu’à chaque fois il est question d’émancipation, d’éducation et de choc des cultures.
Le second tient à ce que Lilia, la protagoniste principale d’«À voix basse», venue enterrer son oncle, constitue un reflet de celui-ci. À sa mort, elle découvre en effet l’existence d’une vie cachée – d’une orientation sexuelle, en l’occurrence, qu’il n’osa jamais avouer. En effet, en Tunisie – comme dans tant d’autres pays –, la loi réprouve l’amour entre personnes du même sexe, qu’elle punit de trois ans de prison. Lilia, lesbienne, cache donc sa fiancée dans un hôtel de Sousse, et doit, comme son oncle avant elle, mener la vie qu’on attend d’elle, se reniant un peu plus à chaque nouvelle visite dans la maison familiale.

Au-delà de ces reflets troublants, la cinéaste capte, ou recrée, la magie et l’énergie d’une maison qui se trouve être celle de sa famille, et qu’elle a pu filmer sous toutes ses coutures lorsque, suite au décès de sa grand-mère, elle dut être vendue. À juste titre, Bouzid souligne le talent de son chef-opérateur, Sébastien Goepfert, qui a su tout à la fois caresser les personnages et souligner les lignes des pièces, dans un clair-obscur magnifiant la mise en scène. Dans cet écrin, brillent de mille deux formidables actrices, Hiam Abbass d’abord, décidément omniprésente dans les cinémas du monde arabe, Salma Baccar ensuite, pionnière du cinéma tunisien, et l’une des toutes premières femmes réalisatrices de son pays.
Ironiquement, Salma Baccar qui, pour ce film – dont elle voulait ainsi soutenir le discours de liberté –, est devenue actrice, incarne ici une génération qui a poussé “dans le placard” ceux qui n’étaient pas conformes à leur vision du monde… Autour de ce combat pour la liberté, se dégage un portrait de famille composé presque exclusivement de femmes, Leyla Bouzid montrant les failles de chacune, mais faisant également résonner leur grandeur, leurs difficultés pour exister, loin de la veulerie des hommes de la famille – notamment Lotfi, le frère.
Source : https://actu.fr/

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