«DÉSIRS», DE SAMIR HARBAOUI : PETITS PLAISIRS MALGRÉ TOUT

Par Salem Trabelsi – La Presse de Tunisie – Ajouté le : 27-02-2014

Un travail sur les menus détails de la vie, qui accroche jusqu’au bout…

Le court-métrage de Samir Harbaoui aurait pu passer inaperçu pour un œil exercé s’il n’y avait pas eu cette juste dose entre la narration et les techniques de tournage. «Désirs» est d’abord l’histoire d’une errance «urbaine». L’errance d’un jeune homme cultivé et en chômage dans le Tunis moderne et morose. C’est l’histoire «d’un jeune chômeur qui trouve refuge chez un jeune couple d’amis, dans un petit studio d’une seule chambre, nous dit le synopsis. Il passe la journée à errer dans la ville, la tête dans les nuages, et ne rentre au studio que tard la nuit, étant sûr que ses hôtes dorment. Le film essaie de capter les petits désirs de ce héros, des désirs tellement minuscules qu’ils se transforment en utopies impossibles à réaliser».
Dans ce film, il y a un travail sur les menus détails dans la vie, parfois futiles, mais très importants dans la vie d’un homme. C’est un peu la philosophie Delermienne de la «petite gorgée de bière» et sur laquelle les réalisateurs tunisiens n’ont pas encore travaillé jusqu’ici. Il faut dire aussi qu’il est parfois très difficile de narrer les «petits détails». Dépeindre un homme qui se sent de trop chez ses amis et qui ne demande presque rien à la vie, à part le plaisir de lire un livre, de fumer une cigarette ou de se promener sur l’avenue Habib Bourguiba, ce n’est pas aisé, même pour réaliser un film de vingt minutes, sans risquer de lasser. Mais le film nous surprend et ne nous fait pas tomber dans l’ennui. Il réussit à nous accrocher jusqu’au bout. Trois éléments importants sauvent la mise : la narration filmique sans fioritures et sans plans futiles, un rythme très équilibré au montage et un acteur (Mohamed Sassi Ghorbali) qui compose un rôle, ne le joue pas et «ne se la joue pas» non plus.

Côté scénario, l’écriture semble avoir veillé à saisir au vol les événements qui peuvent «faire saillie» à la fluidité de l’histoire et à les renouer au fil conducteur. Parce que, à chaque moment, on aurait pu virer vers le discours politique ou la critique politico-sociale, mais l’écriture revient vers son sujet central, le quotidien de ce bonhomme.

«Il y a l’histoire mais il y a le plaisir que j’ai eu à rendre une sorte d’hommage, à ma façon, à la ville de Tunis et, surtout, à l’avenue Habib Bourguiba, dit Samir Harbaoui, une avenue que je considère comme militante, une avenue qui a vu croître la vie civile, qui a vu de tout ! De l’intellectuel au clochard. Et je regrette vraiment que cette avenue ait perdu sa vie nocturne d’antan». Un hommage à l’avenue, mais aussi à toute une génération d’anciens étudiants, dont sont issus les trois personnages du film, à savoir le jeune homme et le couple hôte, et qui est caractérisée par la solidarité et le soutien des «copains en crise ».  Et le film le suggère. Plus le jeune homme prend ses précautions pour ne pas déranger ses hôtes, plus ces derniers font tout ce qu’ils peuvent pour qu’il ne se sente pas de trop. Ils vont même jusqu’à lui laisser un «papier» l’informant qu’ils passent la nuit dehors et qu’il peut donc prendre ses aises et faire les «quatre cents coups». Mais un vent malin soufflera sur le message et le glissera sous la table. Le film est aussi une réflexion sur ce que certains appellent la loi de Murphy, ou la loi de la vexation universelle.

Auteur : Salem Trabelsi

La Presse de Tunisie – Ajouté le : 27-02-2014


 

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