ELLE NOUS A QUITTÉS EN CE MOIS DE SEPTEMBRE : KALTHOUM BORNAZ, LE REGARD QUI DEMEURE

Par Lamia CHERIF – Le Temps du dimanche 6 septembre 2026

En septembre 2016, disparaissait Kalthoum Bornaz, réalisatrice, scénariste et productrice tunisienne. Née le 24 août 1945 à Tunis, elle s’est éteinte à l’âge de 71 ans, laissant derrière elle une œuvre marquée par une attention particulière aux questions de la femme, de la liberté, de la justice sociale et de l’identité tunisienne.

Née à Tunis, Kalthoum Bornaz commence par étudier la littérature et la langue anglaise avant de partir à Paris pour se former au cinéma à l’Institut des hautes études cinématographiques (IDHEC). Elle y obtient, en 1968, un diplôme en script et montage, puis poursuit sa formation dans les domaines de l’écriture cinématographique et des études audiovisuelles.

De retour en Tunisie, elle initie une carrière qui l’amène à exercer plusieurs métiers du cinéma. Elle travaille comme scripte, monteuse puis assistante-réalisatrice et prend part à de nombreuses productions tunisiennes et étrangères. Au cours de son parcours, elle collabore notamment avec des cinéastes de renom tels que Claude Chabrol, Krzysztof Kieslowski et Franco Zeffirelli, ainsi qu’avec Nacer Khemir et Randa Chahal. Elle participe également au montage de plusieurs films, courts et longs métrages.

Son passage à la réalisation commence par des courts et moyens métrages, caractérisés par une écriture visuelle et une tendance poétique. Parmi ses premières oeuvres figurent «Couleurs fertiles», «Trois personnages en quête d’un théâtre», «Regard de mouette», «Un homme en or» et «Une nuit de noces à Tunis».

Avec «Regard de mouette», (1991) Kalthoum Bornaz transforme un texte poétique d’Ali Louati intitulé «Parfois», en une œuvre cinématographique fondée sur l’image, accompagnée d’une musique d’Anouar Brahem. Le film s’inscrit ainsi dans une recherche où se rencontrent poésie, musique et langage visuel.

Elle fonde ensuite sa propre société de production, «Films de la Mouette», qui lui permet notamment de produire plusieurs de ses réalisations. Elle passe ensuite au long métrage avec

«Keswa, le fil perdu», son premier film de fiction long. En 2008, elle réalise son deuxième long métrage, «Chater Mohabba», une œuvre sociale consacrée à la condition des femmes et à la question de l’égalité dans l’héritage. Le film s’articule autour de l’histoire des jumeaux Selim et Selima et de leur relation avec leur père.

Tout au long de son parcours, le cinéma de Kalthoum Bornaz reste lié aux grandes questions qui traversent la société tunisienne : la condition féminine, les libertés, la justice sociale et la construction de l’identité. Elle défend une conception du cinéma comme espace de parole et de regard sur la société, mais aussi comme moyen de préserver la liberté de création et d’expression.

Parallèlement à son activité artistique, elle prend part à la vie culturelle et cinématographique tunisienne. Elle compte parmi les premières réalisatrices tunisiennes à avoir affirmé la présence des femmes dans un univers cinématographique alors encore largement masculin.

Kalthoum Bornaz décède au matin du 3 septembre 2016, dans un hôpital de la capitale, à l’âge de 71 ans. Elle succombe à de graves blessures provoquées deux jours auparavant par l’explosion d’une bouteille de gaz à son domicile. Jusqu’alors, elle poursuivait encore son travail sur de nouveaux projets cinématographiques.

Ne pas oublier Kalthoum Bornaz, c’est se souvenir d’une cinéaste qui a participé, dès les premières étapes de son parcours, à l’évolution d’un cinéma tunisien attentif aux questions de la femme et de la société. Son regard, nourri par une solide expérience technique et une perception poétique, demeure inscrit dans l’histoire du cinéma tunisien.

Lamia CHERIF
Le Temps du dimanche 6 septembre 2026


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