Par Farida Ayari – Jeune Afrique N°958 – du 16 mai 1979
Dans une maison en ruine destinée à la démolition, un couple de jeunes mariés vient de prendre congé de ses derniers invités venus fêter, selon la coutume tunisienne, le septième jour de leur noce. Commence alors une scène de ménage à huis clos à travers laquelle s’expriment l’aigreur et les désillusions d’une petite bourgeoisie citadine. Tel est le thème de «La Noce» premier long-métrage réalisé par le Nouveau Théâtre de Tunis (NTT), Sarra (Jalila Baccar), issue d’une famille pauvre, successivement apprentie couturière, puis aide-soignante et enfin ouvreuse dans une salle de cinéma au moment de son mariage, prend un malin plaisir à provoquer et à agresser son mari Fatah (Mohamed Driss), archétype du petit bourgeois, caissier titulaire dans une recette publique.
Tout le propos du film consiste à démontrer comment ces deux personnages, mis à nu, contournent le seul problème objectif auquel ils sont confrontés, pour s’enferrer dans une querelle mesquine et cruelle. Pourtant, le désarroi de l’une et la détresse de l’autre ne sont que passagers.
Sarra attendra son heure où, ayant les moyens d’agir, elle dira son fait à son mari. Fatah, bercé par ses illusions, s’en sort grâce à son extraordinaire cécité.
Tournée en noir et blanc avec un budget minimum, cette œuvre, entièrement repensée pour le cinéma, prouve qu’il est possible de faire un bon film avec des moyens dérisoires.

Très influencé par le cinéma expressionniste allemand, le Nouveau Théâtre de Tunis a posé sa caméra en «voyeur», surprenant ses personnages, jetant un regard froid sur des situations vécues au quotidien par une frange importante de la société tunisienne.
«La Noce» ne laissera sûrement pas indifférent. C’est un film dérangeant qui fait grincer des dents et rire Jaune.
Inspirée de l’œuvre de Bertolt Brecht, la Noce avait été présentée en mars 1976 en tant que pièce de théâtre par le NTT, qui est animé par Mohamed Driss, Fadhel Jaïbi et Habib Masrouki (ex-professeurs au Centre d’art dramatique de Tunis) ainsi que par l’actrice Jalila Baccar.
C’est la première compagnie théâtrale privée tunisienne. Elle s’est distinguée par son travail collectif tant au niveau de l’écriture, de la mise en scène que du jeu.
Un signe de la qualité de l’œuvre : «La Noce» a été présentée au Festival du cinéma de Belgrade (février 1979), réputé pour sélectionner les meilleurs films de l’année…

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