Par Lamia Belkaied Guiga – www.africultures.com – Publie le 6 mars 2016
Le secteur tunisien de la distribution cinématographique souffre actuellement de deux problèmes majeurs : la désertion des salles de cinéma par le public et la diminution radicale du nombre de salles. La Tunisie compte en 2014 seulement 11 salles de cinéma en exploitation. La plupart de ces lieux sont inadaptés à l’organisation du spectacle cinématographique et répondent à peine aux normes techniques de projection des images et de reproduction des sons et du confort du public (Besse 2007, 4-11), et ce malgré une intervention conjointe des propriétaires de salles et des pouvoirs publics (Gharbi 2012, 5).
Aujourd’hui c’est un secteur entièrement sinistré et totalement concurrencé par les chaînes de télévision satellitaires, par Internet, mais surtout par la prolifération des vidéo-clubs qui disposent d’une offre de films piratés, très actuelle et bien ciblée. Face à une telle situation un petit nombre de distributeurs a survécu 1 en ayant recours aux salles de projection des Maisons de la culture implantées à l’intérieur du pays, pour exploiter commercialement le film tunisien. Ces espaces voués à la diffusion culturelle représentaient, durant les années quatre-vingt-dix, un danger réel pour les salles commerciales car ils pratiquaient, avec l’appui de l’État, une concurrence déloyale (UTICA 2012).
L’objectif, ici, est de chercher les raisons de cette détérioration et de savoir comment les acteurs agissent pour faire circuler le film tunisien et faire face aux difficultés du secteur. Autrement dit, nous chercherons à répondre aux questions suivantes : comment le secteur de la distribution s’est-il dégradé, quels sont les moyens utilisés par les réalisateurs, les producteurs et les distributeurs pour faire circuler le film tunisien dans toutes les régions de la Tunisie, et pour quels résultats ?
Nous tenterons, dans un premier temps, de faire un rappel historique qui nous permettra de comprendre l’ampleur du sujet car la détérioration des salles de projection et du secteur de la distribution s’est faite de manière progressive, jusqu’à devenir alarmante. Nous montrerons, dans un deuxième temps, comment le circuit culturel et précisément les Maisons de la culture deviennent une solution incontournable pour distribuer les nouveaux films tunisiens et leur donner une visibilité auprès de leur public local.
Enfin, le présent travail se fonde sur l’enquête de la distribution de trois films, «Hez ya Wez», «Khemis Achia» et «Bastardo», sortis en 2013 2 et exploités dans les Maisons de la culture, seuls lieux de fortune qui ont pu les accueillir. Les résultats de cette enquête nous donneront quelques éléments de réponse à nos interrogations. On s’attachera à présenter les moyens utilisés par les producteurs et les distributeurs pour se rapprocher du public là où il se trouve. Toutes les démarches de communication classique entreprises et l’utilisation des nouvelles technologies deviennent alors vitales pour la survie du film, de sa production et de sa distribution.
Aperçu historique du secteur commercial tunisien
La Tunisie fait partie des premiers pays à s’être familiarisés au début du siècle dernier avec le cinéma. En effet, le cinéaste tunisien Albert Samama Chikly était l’apprenti des frères Lumière dans la réalisation (….)
Source : http://www.africultures.com/

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