FERID BOUGHEDIR, LE RETOUR

Plusieurs films du réalisateur tunisien ont été restaurés cette année et permettent de relire une œuvre forte, singulière et panafricaine.

Par RENAUD de ROCHEBRUHE et LÉO PAJON – Jeune Afrique du 4 au 10 août 2019

Quand «Halfaouine, l’enfant des terrasses» sort en Tunisie en 1990, dans quelques salles seulement, le film bat «Rambo III» en matière de fréquentation ! L’histoire de ce gamin issu d’un quartier populaire de Tunis, de son éveil à la vie amoureuse et de son passage à l’âge adulte attire en trois semaines près de 155 000 spectateurs. Depuis, cette grande œuvre est aussi devenue un témoignage précieux sur une époque, celle de la montée de l’intégrisme dans un pays tolérant où l’on accepte encore la consommation d’alcool ou les blagues polissonnes des femmes.

La réédition de ce long-métrage, ainsi que celle de «Un été à La Goulette» (l’histoire de trois adolescentes juive, catholique et musulmane qui décident de perdre leur virginité en même temps, chacune avec un garçon d’une autre religion que la sienne), est une très bonne nouvelle.

Dans des coffrets beaux et bien pensés, la société française Rimini Editions présente de nouveaux masters haute définition des films. Mais d’innombrables bonus permettent de relire les œuvres de Férid Boughedir aujourd’hui, et de comprendre leur portée esthétique, historique, politique.

L’édition médiabook de Haifaouine propose ainsi dans un livret de 28 pages un entretien avec le réalisateur (ancien journaliste de Jeune Afrique), une biographie, une filmographie, un commentaire du film… Tandis que le DVD est dopé aux suppléments. On retient notamment le commentaire audio de Boughedir sur son propre film, et le moyen-métrage «Le Pique-Nique», de 1972 (qui fait partie de sa trilogie de films à sketches «Au pays du Tararanni»). La réédition de «Un été à La Goulette» contient elle aussi un livret et des extraits commentés, mais également des scènes coupées et la présentation du film au Festival de Berlin.

Classiques africains

Ces coffrets sont commercialisés alors que le réalisateur a été mis à l’honneur à Cannes. Lors de la dernière édition du Festival, son film «Caméra d’Afrique – 20 ans de cinéma africain» a été présenté dans la section de Cannes Classics». Le cinéaste était présent, et très fier de cet hommage. Son long-métrage documentaire, sorti en 1983, est le fruit d’un tournage échelonné sur dix années. Il est constitué d’extraits de films et d’entretiens avec des cinéastes, recueillis pendant les Journées Cinématographiques de Carthage et au Fespaco. Le film a été restauré à partir du négatif 16 mm dans le cadre d’un plan entrepris par l’Institut français et le CNC sous l’égide du Comité pour le patrimoine cinématographique africain. Il revient sur les débuts du cinéma continental, au moment où les réalisateurs, après les indépendances, veulent sortir de l’exotisme du cinéma colonial et croient que le septième art peut transformer le monde avec des films d’auteur accessibles et visibles par tous… Un documentaire qu’il est toujours aussi urgent de visionner.

Jeune Afrique du 4 au 10 août 2019

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